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Sur une autre planète...

Publié : 07 août 2018, 00:13
par Joca
Bonsoir à toutes et à tous,

J'ai 26 ans et après plus de 7 années avec mon conjoint, nous avons concrétisé notre amour par ma première grossesse, à laquelle nous avions pensé un an auparavant. Tout était parfait : aucune nausée, aucune fatigue, pas de prise de poids excessive, le bonheur ! Les semaines se sont enchaînées sans accro malgré une grosse angoisse à l'écho du T2 par peur de découvrir une anomalie mais tout était dans l'ordre. Et puis, au moment où nous ne y attendions plus, le pire est arrivé...

À l'écho du T3 à 32+6 SA, mon gynéco me dit, après avoir mesuré plusieurs fois la taille des membres, qu'il y a un problème et me demande de me rhabiller... Effondrée, je découvre que mon fils est atteint d'achondroplasie hétérozygote et que je vais devoir réfléchir à une IMG si le diagnostic est confirmé. Les jours suivants, les examens médicaux (échographie de confirmation, amniocentèse, consultation génétique, scanner foetal) se sont enchaînés, faisant de nous des zombies. Nous étions présents sans l'être vraiment... Et puis, le moment du "choix" est arrivé, celui de donner son aval ou non pour l'IMG. Pour moi, ce n'est pas un choix que d'arrêter une grossesse lorsqu'elle est désirée car toute maman qui doit faire ce "choix" aurait choisi que son enfant soit en pleine santé. Et bien que ce n'aurait pas été une vie pour notre fils si ce n'est une vie de souffrance, il a quand même fallu prendre la décision d'arrêter son cœur... Je culpabiliserais toujours de cette décision.

Ce que je trouve très brutal dans notre situation, c'est que pas à un seul moment, mon conjoint et moi-même aurions imaginé qu'il était possible de faire une IMG aussi tardivement. À l'école, pendant les études, on parle d'IMG mais on s'imagine que ça ne concerne les grossesses que jusqu'à 5 mois mais pas au-delà, bien que je ne dise pas que cela soit plus facile à supporter. Alors certes, l'IMG n'est pas un sujet évident, mais je trouve ça horrible d'en faire un tabou car quand ça nous tombe dessus, on n'imagine même pas que c'est possible et on se sent encore plus coupable de notre décision, même si elle s'impose...

Aujourd'hui, cela fait 28 jours que je vis un cauchemar, 17 jours que j'ai accouché et 10 jours que nous avons inhumé notre étoile, Martin <3
Depuis le 10 juillet 2018, ma vie s'est arrêtée et j'ai l'impression d'être sur une autre planète, me disant que ce n'est pas possible qu'une telle horreur ait pu arriver...
Mon fils me manque terriblement, même si j'essaie de m'accrocher pour avancer, pour lui, pour mon conjoint, pour mon entourage...

Re: Sur une autre planète...

Publié : 07 août 2018, 08:45
par Mapetiteplume2017
Bonjour Joca, je suis désolée de t’accueillir sur ce forum où nous sommes bien trop de maman à avoir du prendre la décision d’interrompre notre grossesse... Comme tu dis, ce n’est pas du tout un choix pour moi non plus ^^

La perte de ton petit Martin est encore très récente, c’est normal que tu te sentes dans un monde complètement à part... Personnellement j’ai eu longtemps cette impression d’être bloquée à quai, que mon entourage reprenait rapidement le train de la vie mais que moi je restait tétanisée, qu’il allait bcp trop vite pour moi...
Laisse toi le temps d’accuser le coup, et reste un peu dans ton monde à part si ça peut te rassurer quelque peu dans un premier temps...

Concernant le tabou de l’img en fin de grossesse je suis tout à fait d’accord avec toi... Ça nous tombe dessus sans qu’on s’y attende... et c’est parfois seulement après qu’on se rend compte que d’autres ont vécu la même chose, que nous ne sommes pas les seules... Mais que c’est dur de prendre cette décision en pensant être quasiment les seuls à vivre ce drame...
La culpabilité est un des sentiments les plus difficiles à vivre dans notre deuil je pense... Gardes bien en tête que tu as pris cette décision par amour, qu’avec ton chéri vous avez pris la décision de souffrir à la place de votre enfant... et c’est très honorable...

Je te souhaite bcp de courage pour poursuivre le deuil de ton bébé perdu... Douces pensées à ton petit Martin qui veille sur vous à présent ⭐️

Re: Sur une autre planète...

Publié : 07 août 2018, 08:58
par mariposa42
Bonjour Joca,

Je te rejoins sur ce sentiment de déconnexion avec la réalité et les autres. Cette impression que ce que nous avons vécu ne peut pas être vrai. Presque 2 mois après mon IMG j'ai l'impression que mon bébé s'éloigne comme s'il avait été virtuel, et pourtant... Les gens autour reprennent leur vie, je vois des femmes enceintes heureuses qui font plein de projets et je suis tiraillée entre me réjouir pour elles et les mettre en garde que tout ce bonheur peut s'arrêter très vite.

Là où je te rejoins également c'est sur l'absence d'information sur l'IMG. Pour ma part je ne savais même pas que ça existait! Je croyais que si un bebe présentait des malformations passés les 3 premiers mois il fallait soit le garder soit se préparer à une mort naturelle. On va nous dire qu'on n'en parle pas parce que ça fait peur, parce que ça ne colle pas avec l'image societale de la maternité mais le fait est que le jour où ça nous tombe dessus, ce manque d'informations renforce le sentiment d'échec et de culpabilité.

Dans ces moments si durs, le plus important est de s'écouter, de faire un peu abstraction des autres et de croire en un avenir plus radieux.

Re: Sur une autre planète...

Publié : 07 août 2018, 10:58
par MamangeCaro
Bonjour Joca

Comme je te comprends..
Il y a deux ans, dans le cadre de mon travail je devais recevoir un jeune couplé en rdv suite à la perte de leur bébé. Ils souhaitaient connaître leurs droits.
Je n'oublierai jamais leur visage le jour du rdv, surtout le papa. S'il fallait mettre un visage sur le mot "anéanti" alors..
Ils avaient dû faire face à une img à 7mois et demi de grossesse. Je ne connaissais pas et lorsque je suis remontée à mon bureau les larmes et le souhait de ne jamais avoir à vivre ça sont montés.
Et pourtant..
Je suis tombée enceinte en décembre 2017. Lors des échographies tout allait bien, j'en avais une par mois mais nous les trouvions très expéditives avec une gynécologue froide ayant un matériel tres vieillissant.
Le 12 mai 2018, rdv pour la t2. Nous avions pour seul stress que l'on ne puisse toujours pas connaître le sexe du bébé. Et là, la gyneco s'attarde de longues minutes sur la tete. Je sens l'angoisse monter, le visage de mon conjoint se fige. Elle nous dit finalement qu'il y a un problème dans le crâne, qu'elle ne voit rien. Elle nous dit d'aller aux urgences.
Sauf que son imprimante étant en panne, pas d'échographie et pas de compte rendu à présenter. Nous partons tout de suite à l'hôpital en pleurant tous les deux dans la voiture. Nous avons attendu 2h avant que quelqu'un ne vienne nous voir et on n'a pas compris la raison de notre visite. On nous explique que l'interne de garde n'est pas formée pour passer des échographies. Elle part voir le médecin de garde sauf que sans échos il ne peut rien faire. On nous donne alors rdv le 28 mai soit 15 jours plus tard. Je m'effondre alors et nous raccompagne vers la sortie. On nous a laissé en plan, sans humanité, avec pour seule information que la tête de notre bébé serait à priori vide..
Ne pouvant attendre j'ai appelé d'autres gyneco, une clinique, et finalement c'est une SF et d'un autre hôpital qui nous a reçu 3 jours plus tard. Elle refait toute la t2 ce qui a pris 2h contre les 15 min de ma gyneco..
Elle nous confirme qu'il y a un problème au niveau du crâne et nous dit qu'il faut aller dand un centre de diagnostic prénatal. Elle envoie alors notre dossier au chu de *****. Nous avons quitté l'hôpital dévastés et alors que nous étions encore sur le parking, le chu m'appelle pour nous demander de venir tout de suite.
Sur place, nous avons été reçus par un médecin géniale, elle refait une écho plus poussée et nous a confirmé le premier diagnostic et a constater dautres malformations. Les reins trop gros, 6 doigts à chaque main et chaque pied..
Le couperet tombe. Notre petite fille est très malade, a priori atteinte d'une maladie génétique.. Il faut envisager l'img.. Tout s'est écroulé. Nous avons pleuré, crié même et ce médecin m'a pris dans ses bras.
Tout s'est ensuite enchaîné, nous avons vu aussitôt la SF qui nous a expliqué le déroulé de l'intervention. Nous avions rdv le mardi suivant pour prendre notre décision et avoir rdv avec l'anesthésiste. Nous avons décidé de rentrer à l'hôpital le mercredi soir. Je ne voulais pas attendre. La sentir bouger me briser le cœur car je savais que j'allais la perdre.
La prise en charge au chu a vraiment été un soulagement, nous qu'on avait laissé en plan. Toute l'équipe a été présente, nous n'étions jamais seuls, nous avons vu une psychologue et les généticiens.
Ils ont également fait en sorte que je ne sente rien d'autre que les contractions lors de l'accouchement.
Notre petite puce est née sans vie le 24 mai 2018.
Aujourdhui, après avoir vu les généticiens le 25 juillet dernier, nous avons décidé d'essayer d'avoir un autre bébé avec le risque de 1 sur 4 que la maladie soit présente.
Jai peur mais je ne veux pas perdre espoir. Nous nous focalisons sur les chances de 3 sur 4 que tout se passe bien.
La femme de mon frère est enceinte et doit accoucher à la fin de l'année. Nous ne souhaitons pas les voir, je ne supporte pas de voir des femmes enceintes. Nous n'iront pas à leurs 1 an de mariage samedi. C'est trop dur pour moi et puis nous ne voulons pas gâcher leur moment.
Je dois reprendre le travail le 27 août. J'appréhende car si je retourne à l'accueil, je verrai la moitié du temps des femmes enceintes..
La colère, le sentiment d'injustice ne partent pas.

Re: Sur une autre planète...

Publié : 07 août 2018, 23:35
par Joca
Sophie, Mariposa42 et Caroline, je vous remercie pour vos réponses et votre partage d'expérience.

Sur le sentiment de déconnexion, ce qui est difficile à vivre effectivement c'est que tout le monde, mon entourage proche surtout semble avoir repris leur train-train quotidien comme si rien ne s'était passé alors qu'ils étaient également très affectés lorsque nous leur avons appris la nouvelle et durant toute la procédure suivi des obsèques... Alors cela ne veut pas dire qu'ils n'y pensent plus et qu'ils sont passés à autre chose mais ça semble tellement "simple" pour eux mais c'est ce qui est d'autant plus difficile pour moi car de mon côté, je ne suis jamais déconnectée de ce que j'ai subi et j'y pense constamment, la moindre chose me fait penser à Martin.

En plus, physiquement, je vais "bien" voire "très bien" et c'est même comme si je n'avais jamais été enceinte... De quoi alimenter cette impression de déconnexion en se demandant si tout ça est bien réelle car cette situation est tout simplement surréaliste. Comment peut-on imaginer qu'à plus de 7 mois de grossesse on puisse vous demander d'arrêter le cœur de votre bébé même si c'est pour lui éviter une vie de souffrance ? C'est inimaginable et on plonge dans l'horreur...

Alors j'ai conscience qu'il ne faut pas paniquer toutes les femmes enceintes avec nos histoires personnelles mais je pense que le traumatisme que l'on a toutes vécu serait peut-être plus facile à "accepter" si nous étions mieux informés des différents stades de découverte des pathologies (pathologies cérébrales et osseuses se déclenchant à partir de 27 SA par exemple) et des différentes "issues" (poursuite de la grossesse ou IMG à n'importe quel stade de la grossesse). Attention, je ne juge pas mon gynéco car malgré ce que nous avons vécu, mon conjoint et moi n'avons jamais douté de ses compétences, au contraire, car il a su détecter tout de suite qu'il y avait un problème et de quelle pathologie il s'agissait. Mais ce que je juge, c'est le fait que l'IMG soit passée sous silence et ses victimes avec car oui, je nous considère comme des victimes, blessées dans leur chair et leur esprit...

Ce qui m'attriste le plus, c'est que j'ai perdu l'innocence et l'insouciance d'une grossesse "normale", du moins menée à terme dans le bonheur, et vu le stade avancée de ma grossesse avant mon IMG, je sais que je ne serai pas tranquille avant d'accoucher d'un bébé en pleine santé. L'expression "tant qu'il a deux bras, deux jambes et une tête bien faite" a aujourd'hui pris tout son sens pour moi et j'espère de tout cœur ne plus jamais revivre ça car cela m"inquiète énormément... Je n'ai pas encore fait la visite de post-accouchement et n'ai donc pas eu toutes les réponses à mes questions pour les grossesses suivantes (je n'ai pas revu mon gynéco après mon accouchement, il a dû partir en urgence et enchaînait avec ses congés) comme le délai à attendre mais aussi et surtout les risques de fausse-couche suite à une IMG ou si nous réessayons de faire un autre bébé trop tôt (je ne cherche en aucun cas à remplacer Martin, je l'aime tant, mais mon envie de devenir maman et surtout de donner la vie est aujourd'hui encore plus renforcée). J'ai lu beaucoup de témoignages et j'ai l'impression que les risques de fausse-couche sont augmentés après un tel traumatisme...
Le seul point "positif" est que normalement, ni mon conjoint ni moi ne sommes porteurs de la pathologie dont Martin était atteint, s'agissant dans le cas de notre d'un "accident génétique" suite à une mutation sur le chromosome 4 du gène FGFR3 car si nous étions également porteur de la maladie, nous l'aurions forcément déclaré. Mais il y a tellement d'autres pathologies que nous serons toujours dans l'inquiétude...

En tout cas, je vous remercie encore de vous être livrées et pour vos conseils, c'est rassurant et "apaisant" de voir que nous ne sommes pas seules dans notre malheur... Et même si ce n'est pas évident tous les jours et que nous porterons cette blessure pour le reste de nos jours, il faut que nous soyons fortes pour nos amours partis trop tôt : pour ta petite plume Sophie, pour Adrien, pour Faustine et bien sûr, pour Martin, mon amour qui me manque à chaque instant du jour et de la nuit <3

Re: Sur une autre planète...

Publié : 09 août 2018, 09:17
par Anne2017
Joca,

Comme tu le souligne, le deuil périnatal est encore largement tabou et soulève également chez certains ou certaines des réactions inappropriées comme penser que ce n'est pas grave, qu'on ne l'a pas connu, que ce n'est pas grand chose, juste un coup dur de la vie.

Je pense que c'est parce que la maternité déclenche paradoxalement chez beaucoup de gens quelque chose de très positif. Tu remarqueras, lorsqu'on est enceinte, beaucoup de personnes sont au petits soins avec nous, ils adorent nous parler du fait d'attendre un bébé. Alors parler de perte et de deuil, personne n'en a envie. C'est l'illusion de la beauté de donner la vie qui masque la possibilité de parler d'IMG ou de fausse couche tardive ou de MFIU.

Et il faut reconnaître que même les personnes les plus empathiques ont parfois du mal à percevoir le drame psychique que cela peut être. Ils sont pleinés pour nous mais parfois ont du mal à concevoir que la terre s'est arrêtée de tourner.

Je me souviens, quand j'ai repris le travail, chaque matin en sortant du métro je pleurait sur mon trajet, car rien n'avait changé, les gens continuaient à vaquer à leurs occupations comme avant, la terre continuait de tourner, exactement comme si rien ne s'était passé et comme si mon fils n'avait pas existé. Et je ne pouvais pas m'empêcher de penser "je ne l'ai pas inventé, il était là" tellement cela me blessait. Alors c'était très immature, bien sûr que le monde continue de tourner, mais je crois que ça révélait la tristesse de sentir que je n'étais pour personne une maman ayant perdu son enfant, que je n'avais rien à quoi me raccrocher pour justifier de mon deuil qui finalement était traités comme un incident de parcours.

Quant à avoir perdu l'innocence, bien sûr, elle ne reviendra pas. Mais tu y trouveras peut être autre chose en toi, plus de force, de la résilience, une meilleure compréhension de la valeur de la vie et des beaux moments que tu vivras.
Je suis tombée enceinte à nouveau, 10 mois après mon IMG. Au début cela fut très dur, vraiment. Mais aujourd'hui je sais que je n'oublierais pas mon fils, et que j'accueillerai l'enfant que je porte avec énormément d'amour et de reconnaissance, car je suis forte, je le sais maintenant, et capable de survivre à tout et de continuer à voir le beau en ce monde.

Re: Sur une autre planète...

Publié : 09 août 2018, 14:29
par nane29
Bonjour Joca

Je suis navrée de t'accueillir ici parmi nous. c'est vrai que ça me rends triste de voir autant de par-anges.
Après le drame que nous avons vécu, c'est tout à fait normal de ne plus se sentir à notre place dans la société. Même si nous savons que les choix que nous avons du affronté était pour le bien de notre enfant, lui éviter une vie de souffrance, il est difficile de vivre en parfaite harmonie avec cela. Et pourtant, c'est aussi une grande preuve de courage que de devoir faire ces choix dites impossible... Nous sommes devenu avant tout parents malgré ça...
Il est vrai qu'après 2 mois de mon accouchement, je me sens encore sur le banc de touche. Le monde extérieur vague à ses occupations, pendant que nous, nous cherchons à quoi nous raccrocher après avoir perdu la chose la plus importante à nos yeux. Et encore, cela pourrais être limite faisable mais il faut encore surmonter des étapes que la vie nous inflige. Et là, on se dit que c'est trop, on ne sait pas comment faire ni si un jour nous y arriverons. Nous sommes des humains, c'est normal d'être affecté, nous vivons avec des sentiments, des émotions qui font qui nous sommes ... mais lorsque l'on entend ou regarde les gens autour de nous, on se rend compte que l'on doit presque pleurer nos enfants en silence, que c'est comme ça et que nous devons accepter la situation, qu'il faut avancer malgré tout , être patient... Toutes des belles paroles sorties d'un peu nul part, qui ne veulent absolument rien dire pour nous car nous ne contrôlons pas notre douleur, elle est belle et bien la, nous devons apprendre à présent à vivre avec et non à l'oublier, c'est de toute façon impossible...
Le temps... il faut se laisser le temps... il n'y a que le temps qui pourra au fur et à mesure nous permettre de penser avec plus de douceur à notre vécu, à nos enfants... Chaque personne est différente et avance à son rythme. Et surtout, chacun sait ce qui est le meilleur pour lui même, il faut savoir s'écouter et s'offrir de petit moment de plaisir. Pas à pas, un jour après l'autre et petit à petit le train de la vie se remet doucement en route...
Se donner des petits objectifs peut être un moyen de se reprendre en main.

Tendre pensée à nos petits anges <3

Re: Sur une autre planète...

Publié : 11 août 2018, 11:45
par Joca
Bonjour,

Je vous remercie encore pour votre retour.

Je suis entrée dans la première période "anniversaire" car tout a commencé il y a un mois... J'ai appris la terrible nouvelle le 10 juillet 2018 au soir et tout s'est enchaîné de là : le 11 échographie de contrôle, le 12 amniocentèse, le 13 consultation génétique + scanner fœtal + décision donnée pour le CPDP, le 16 consultation anesthésiste, le 18 prise des médicaments pour la maturation du col, le 19 acte pour arrêter le cœur, le 21 accouchement, etc.
J'ai énormément la mémoire des dates et j'appréhende énormément cette période parce que j'ai l'impression de revivre ces journées mais avec l'appréhension de savoir où elles me mènent...

Aujourd'hui, au lieu de faire les magasins pour gâter Martin, je fais le tour des pompes funèbres pour choisir un monument à mon fils afin qu'il ait une sépulture digne. Il y a de quoi se dire qu'on marche sur la tête... Et à côté de ça, oui il faut faire aux yeux des gens comme si mon bébé n'avait jamais existé alors que si ! Nous l'avons tenu dans nos bras, nous lui avons parlé, nous l'avons chouchouté comme on l'a pu les quelques instants partagés ensemble. Comme tout bébé, quelque soit le stade de grossesse, il a vécu dans la chair de sa maman mais aussi dans son cœur, comme dans celui de son papa. Mon fils en était à 34 SA et pesait 1,970 kg, c'était un très beau bébé (forcément pour nous car comme nous l'a dit la sage-femme "nous le regardons avec les yeux de l'amour") et surtout, parfaitement viable... Et c'est ça qui est d'autant plus difficile à accepter aujourd'hui dans le fait que pour certains, ce n'est qu'un "accident de parcours", que "je suis jeune, j'en aurai d'autres" et que "ça ne repousse que d'un an ou deux ma joie d'être maman" car NON, mon fils a existé, il sera toujours en moi tout comme une partie de moi s'est envolée avec lui.

Je suis en congé maternité depuis le 2 août et ne suis censée reprendre le travail que le 22 novembre mais je me pose beaucoup de questions sur ce que je dois faire, sur ce que j'ai envie de faire... Je me laisse au moins jusqu'à mi-septembre (période à laquelle j'étais censée accoucher...) pour prendre ma décision mais je ne sais pas si je serai capable de reprendre mon emploi et faire comme si rien n'était. Comment avez-vous appréhender la reprise du travail ? Avez-vous été en arrêt par la suite, car finalement c'était trop tôt ou parce que vous avez recraquez bien après ?

Je vous remercie par avance pour vos réponses et pense tendrement à chacun de nos étoiles, qui brillent au fond de nos cœurs <3

Re: Sur une autre planète...

Publié : 24 août 2018, 16:41
par mary29
Bonjour joca,

Ton témoignage me touche beaucoup. Il est fort , ce que tu ressens , je l'ai ressenti et mon bébé était aussi atteint d'une maladie osseuse.
Tous tes questions , ressentis sont légitimes. Le fait des les traverser vont te permettre d'avancer..mais comme tu le dis , je te confirme qu'il y a un avant et un après.
Suis ton instinct pour avancer...

J'ai un peu de recul sur ce traumatisme que nous avons eu à vivre. Aujourd'hui je suis moins meurtrie qu'il y a 3 ans mais je reste marquée et abîmée .

Je te souhaite plein de courage et de force... Il y aura des moments de bonheur un jour où l'autre

Re: Sur une autre planète...

Publié : 24 août 2018, 19:46
par mme moy
Chère Joca

En effet, nos histoires se ressemblent beaucoup. J'ai le même ressentis que toi quant à cette sensation de Zombie..
J'ai l'impression aujourd'hui d'être envahi que de tristesse. Le mot "Joie" me parait bien loin..
J'ai lu le livre "Ma petite Plume" et "Naissance d'une mère"qui m'ont fait du bien, un nouvel espoir dirons nous... Pour mon cas je ne sais pas s'il ya une cause génétique, héréditaire où si c'est la faute à pas de chance.. les médecins sont un peu désemparés. Mais moi aussi je pensais qu'on voyait les problèmes à la T2, et je m'étais dit qu'a la T3, on allait simplement me dire que mon bébé avait bien grossis, et bien Non.. c'était le ciel qui s'est écroulé sur notre tête à cette période là. Maintenant nous ferrons partis des personnes qui ne connaitrons plus l'insouciance, le monde des bisounours, je pense bien que tout ça est terminé pour nous.
La sage femme psychologue que j'ai vu pendant et après mon IMG, me disait qu'elle n'aimait pas l'expression Faire son deuil, car elle pense qu'on ne fait jamais le deuil mais plutôt que la plaie cicatrise avec le temps.. ( a ce qui parait). Pour aller mieux, j'essaye de me prévoir des activités, et surtout de prendre soin de moi " un esprit sain dans un corps sain": massage, ostéopathe, magnétiseur (si tu y crois), sophrologie... Mon envie d'agrandir la famille est tellement grand, que j'essaye de penser aussi aux petits frères et soeurs que nous pourrions donner à Jules (je rêve d'une famille nombreuses du coup) et ça me motive à ne pas me morfondre car j'ai vraiment envie de me battre mais c'est une lutte de chaque instant.. J'ai impression de me faire violence tous les jours. J'avoue que c'est fatiguant.

Je pense que la vie nous a donné la pire des épreuves. Nous avons aujourd'hui un statut de mam'ange et il est très dur à porter mais tout ça fait de nous de "futur maman" courageuses avec un quelque chose en plus. Bien sûr que nous n'imaginons jamais que ce genre de chose puisse nous toucher, puisqu'on pense que ça n'arrive qu'aux autres. Mais les autres c'est nous aussi.. J'aurais aimé ne pas vivre tout cela, j'aurai aimé pouvoir bercer mon petit Jules mais ce n'est pas comme ça aujourd'hui et nous devons faire avec ce vide..
Joca, soit en certaine, tu as offert la liberté à ton petit Martin, je suis sûre que de là haut, il te remercie pour toutes les souffrances que tu lui a épargné. Ils seront toujours nos étoiles, nos guides pour la suite. Le manque est très intense, je te le confirme.. c'est très dur. Nous avons fait le plus dur des choix si on peut appeler cela un choix car enfaite en tant que maman aimante on ne pouvait pas faire autrement.. Il faut lutter contre ce sentiment de colère, de culpabilité car cela a tendance à ronger. Nous avons toute la force de passer cette épreuve mais nous devons passer par tous ces sentiments avant d'atteindre l'apaisement.
Nous arriverons à avoir nos bébés, des petits frères ou petites soeurs. Moi, ce que je trouve très dur dans ce que nous vivons c'est qu'étant donné que ça touche notre premier enfant, notre première grossesse; les gens ne nous reconnaissent pas en tant que maman puisque nous n'avions plus nos bébés pourtant moi je me sens maman.. et deuxièmement qu'est ce que j'ai peur pour la suite.. l'avenir me semble tellement flou. Le deuil Périnatal est très dur car contrairement à un deuil d'une personne qui a eu un passé, nous devons faire un deuil sur l'avenir..
Jules, Martin et tous les autres bébés Anges seront toujours dans nos coeurs. On le sait la souffrance est là pour ceux qui restent mais nos bébés sont bien là haut, et qui sait, ils ont peut être fait connaissances ;-)

Nous sommes des mamans qui déchirent, soit en certaine.

Tendres pensées à nos bébés; Jules, Martin et tous les autres bébés anges.