Juste pour parler

Bisounours
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Re: Juste pour parler

Message par Bisounours » 15 juin 2019, 14:46

Bonjour Soraya,
J'espère avec toi qu'on retrouvera tous et toutes la sérénité de manière durable. Pour l'instant, dans ma vie, ça n'est pas durable, car j'ai encore par moments, des moments de peur (s'est -on trompé? aurait-on pu faire autrement?). Même si les moments de paix sont beaucoup plus nombreux que les moments de peur. J'espère avec toi que la paix reviendrai pour toi de manière durable, aussi.
Tu sais, ton écoute et le partage avec toi m'ont beaucoup aidée. Merci beaucoup.

Bisounours
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Re: Juste pour parler

Message par Bisounours » 16 juin 2019, 16:22

Bonjour,
Je viens de lire "Ruby, ma précieuse. Trouver un sens à l'IMG, trouver un sens aux épreuves". Très beau. ça fait du bien de lire des descriptions détaillées, des émotions que l'on a traversées et qui sont mises en mots. ça fait du bien de lire la manière avec laquelle d'autres ont traversé un parcours identique, mais un peu différent. ça aide bcp. Je pense que je ne me lasserai pas de lire ce type de livres. Car ça me parle de moi-même. J'ai bien aimé l'idée de l'auteure de suggérer à certaines personnes qu'elle aime (exemple sa soeur) de lire tel ou tel livre sur l'IMG, pour qu'ils comprennent un peu ce qu'a été sa vie.
Une belle phrase : "Accepte ce qui est, laisse aller ce qui était et aie confiance en ce qui sera" (Bouddha). Je la prends pour maintenant, tout de suite, à cette seconde. Elle est magnifique.
Merci Aurélie!

Chaïd2018
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Re: Juste pour parler

Message par Chaïd2018 » 16 juin 2019, 22:33

Bonsoir Bisounours
Je viens de voir ton message et suis très touché concernant le soutien qu ont pu t apporter nos partages.
C est réciproque et un soutien sans pareil, merci.
Bisous

Soraya

Bisounours
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Re: Juste pour parler

Message par Bisounours » 16 juin 2019, 23:53

Merci Soraya. Merci beaucoup.

Il me vient ce soir, d'avoir envie de raconter avec plus de détails le moment de l'accouchement.
Descendre dans la salle de "naissance". Là, mon copain prend la tenue bleue de l'hôpital, avec son petit chapeau ridicule. C'est pas grave. Rire, c'est salvateur. Il a l'air tellement aidant et tellement ridicule. Et moi aussi d'ailleurs, surtout ridicule. Toute échevelée. En blanc. Avec ces habits si moches. Et la culotte jetable donnée par l'hôpital. C'est pas du Dior. C'est pas grave. C'est drôle. On s'en fiche en fait, de comment on est habillé, au fond. ça fait du bien de rire, dans cet enfer. C'est tellement fort comme moment. Un moment de couple. Où l'on a décidé de t'épargner la vie, mon fils. Et d'épargner la nôtre aussi, d'une certaine manière. Et donc on va te voir, déjà mort. Tu es mort depuis quelques heures. Et là, pendant que mon copain se perd dans les couloirs, habillé de bleu, je suis sur mon lit, je suis promenée par les sages-femmes jusqu'à cette salle d'accouchement que cherche mon copain, dans le labytinthe de l'hôpital. Mon copain n'est pas là. Mais l'anesthésiste arrive près de moi et me lance, avec plein d'énergie
"Ah, madame, je dois vous le dire: à votre terme, ça arrive (même si c'est très rare) que le bébé soit vivant, quand il sort. Je préfère vous prévenir". Je suis perdue.
"vous êtes sûre?"
Elle: "oui, je dois vous le dire. Je préfère".
Moi: "mais non, c'est pas possible, on m'avait pas dit. Je suis pas prête maintenant."
Elle: "si". Elle tourne les talons, pour continuer professionnellement son travail.
Moi: "merci de me dire la vérité, même si elle est dure à entendre"
Là, maintenant, après 12h-14h de jeûne. Après 6h de contractions qui font mal. Je suis à plat. Mais que faire? Je n'ai pas imaginé du tout cette hypothèse. Alors je parle tout fort à mon copain, croyant qu'il est à côté de moi (alors qu'il se débat dans le labyrinthe de l'hôpital):
"Au secours, mon chéri, on fera quoi, alors? Ben, alors, on lui parlera, on en profitera pour lui parler. On prendra ça comme une chance. On lui dira qu'on l'aime. T'es d'accord, mon chéri? "
Il n'a rien dit. Evidemment, il n'était pas là!! Plus tard, j'ai reparlé de ce moment à mon copain ... et on a mis du temps à comprendre pourquoi il ne comprenait pas de quoi je parlais. Et il m'a dit: "si j'avais été là, je t'aurais rappelé qu'il était déjà mort bien avant, puisqu'on a repéré quand il a arrêté de bougé. C'était bien avant. On lui avait dit au revoir, tu sais. " Oui, c'était vrai. Mais j'avais oublié. La fatigue et la difficulté psychologique avait tué mes derniers neurones encore actifs, pour que je me souvienne de ce détail d'importance. Trop dur, sans doute, de me souvenir du moment de sa mort.
Après, les contractions reprennent...
des contractions, encore des contractions... ça dure...
- Et la sage-femme me dit "Madame, il est là. Poussez".
- Non, c'est non! hors de question! Je ne veux pas qu'il sorte. Non.
Silence.
Toute une pièce: 4 ou 5 soignants + mon copain.
Tout le monde est en silence. Tout le monde assiste à la femme qui se débat avec sa tristesse. Personne ne peut rien faire. Qu'assister. Me tenir la main, pour mon copain. Le seul lien avec l'humanité, avec le réel.
- La soignante "Madame, je ne peux pas aller le chercher."
- Non, c'est non! Comment voulez-vous que je pousse?! C'est impossible. Je voulais qu'il reste en moi, vivant, pour toujours! Ne jamais qu'il sorte. Jamais, car ça aurait été le début de la difficulté s'il était sorti vivant. Le début de la galère. Je voulais qu'il reste pour toujours, protégé, au creux de moi. Alors, c'est non. Je ne pousserai pas. Non.
Et je reste sur le dos à attendre, sur le lit de "naissance". Quoi? Je ne sais pas. Attendre qu'on me pousse à sauter dans le vide. A devenir adulte, sans doute, à devenir mamange malgré moi. J'attends allongée sur mon lit. J'attends rien, le vide. Qu'autrui me tende la main.
- Madame, vous devez poussez. Vous savez bien que c'est pas possible ce que vous dites.
Silence...
Le silence de la peur, de la mort, du non-courage. Allez chercher au plus profond, le seul reste de courage. Aller chercher encore plus loin.
Je tire ma tête en arrière. Je ne sais pas pourquoi.Peut-être pour prendre une grande inspiration?
- Et beugler... meugler... il n'y a pas d'autre mot.
Un cri d'animal. De rage. De désespoir. Mais le faire. Ne pas baisser les bras. Monter. Se mettre à nouveau debout. Pour vivre. Car d'autres attendent. Mes autres enfants. Mes aînés. Mon amour, mon ami.
J'ai meuglé comme une vache, sorti un cri bestial, primitif, animal.
Et j'ai vomi, d'une voix rauque la phrase suivante "Okay, d'accord. Je veux pas d'un gamin comme XXXXX [le nom d'un enfant trisomique dont je me suis occupée, et qui était malheureux, enfermé sur lui-même, dans l'agressivité, sans pouvoir sortir de son enfermement, malheureux], je ne veux pas d'un gosse comme lui, enfermé en lui-même, avec ses troubles du comportement, et je veux pas de ces 30% de gosses comme lui. Et de tous les autres, moins atteints mais pour qui la vie est la galère."
Le silence dans mes pleurs. Ou plutôt mes pleurs dans le silence. Les deux mélangés. Ne font qu'un.
Il est sorti. Je l'ai poussé pour qu'il sorte. Je l'ai senti glisser entre mes jambes. Une petite pression à l'intérieur de ce petit passage, pas une grosse pression. Une toute petite pression entre les jambes. J'aurais tellement aimé souffrir d'une grosse pression. J'aurais tellement aimé avoir mal 10 secondes. Comme on a mal quand tout va bien et que la tête est grosse. Et quand elle passe, cette grosse tête, d'habitude, ça fait mal. ça fait mal, mais ça fait du bien! Car c'est la grosse pression de la vie. C'est la vie qui se transmet.
Ici, non. Pas de grosse pression. Pas la joie d'avoir ce mal de l'écartement qui laisse passer la vie. Juste une petite pression qui laisse glisser la mort.
Et alors, chose incroyable... Entende les autres bébés d'à côté pleureur, ceux qui vivent... Quel bonheur! Qu'importe que ce ne soit pas le mien, en cette minute. J'entends dans le cri des bébés des autres, le bonheur de la vie qui existe encore! Des femmes enfantent. Des bébés naissent à côté. La vie continue. Peu importe que ce soit pour d'autres. En cette minute, ça m'est complètement égal. J'ai besoin d'entendre la vie avancer, le sang couler dans les veines. Les femmes avoir mal, être heureuses, les enfants avoir mal, crier pour respirer. Je fais partie de cette humanité qui avance. Ouf, la vie continue!
Pour que tu vives plus apaisé. Et nous aussi. Pour que, si tu existes quelque part en tant qu'humain, tu sois en paix, mon fils, sans peur, sans peine, sans culpabilité (qui aurait été la nôtre en ricochet, si tu avais vécu ;-). Et si tu n'existes pas, pour que l'on vive apaisé, nous, en famille. Que nous soyons dans la paix.
Et si tu n'existes pas, et que l'au-delà n'existe pas non plus, alors toute cette souffrance, pourquoi?
... pour mieux se battre pour tous les autres, parents et enfants (puis adultes) handicapés qui vivent et galèrent (et vivent aussi un peu du bonheur, tout de même) chaque jour, pour que leur quotidien soit juste un peu plus supportable. Se battre pour ceux-là, ceux qui vivent, que leurs parents aient choisi en toute conscience de poursuivre la grossesse jusqu'au bout, ou n'ait pas su l'existence du handicap pendant la grossesse, n'a pas d'importance pour moi. C'est eux qu'il faut continuer à aider. Ceux dont nous faisons d'une certaine façon, partie, même si tu n'es pas là, mon fiston, ou mon petit foetus, tu me rapproches de mes frères humains.
Une petit bout d'humanité, voilà ce que tu m'a apporté ;-)
Des bisous à tous et à toutes!
Dernière édition par Bisounours le 12 juillet 2019, 16:02, édité 3 fois.

dabaubin
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Re: Juste pour parler

Message par dabaubin » 17 juin 2019, 00:17

Bisounours,
Ton message est très beau, l'amour que tu portes à ton petit ange est touchant...
Tu as fait preuve d'une grande force et d'un courage immense pour traverser cet instant...
maman d'une princesse née à 27+7 en 2013
maman d'une étoile envolée le 17 avril 2019

Chaïd2018
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Re: Juste pour parler

Message par Chaïd2018 » 17 juin 2019, 15:13

Bisounours,

Quelle évolution !!!!
Alors, oui on a ce besoin a un moment de poser tous les détails de notre histoire, comme une preuve tangible, un souvenir pour ne rien oublier.
Je constate que finalement tu chemines exactement comme nous toi qui voulais garder cette distance et qui doutais de ton amour, pour ton bébé qui est passé du statut de fœtus à FISTON...bravo ma belle ...
On ne se connait pas mais je suis tellement fière et heureuse que tu es pu enfin ouvrir ton cœur a ton fils 💕💕💕💕💕💕💕
Tendrement

Soraya
Dernière édition par Chaïd2018 le 17 juin 2019, 23:17, édité 1 fois.

Bisounours
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Re: Juste pour parler

Message par Bisounours » 17 juin 2019, 16:48

Merci Soraya, Ton message est tout mignon. C'est un peu grâce à nos échanges et à tes paroles, toutes en douceur.
J'attends mon 2e RV pour l'EMDR ;-)
Bonne fin de journée! Et merci encore!

Chaïd2018
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Re: Juste pour parler

Message par Chaïd2018 » 17 juin 2019, 23:16

Un petit coucou bisounours...
Tiens nous informé pour ta seconde séance.
Moi mercredi ...a la fois pressée et stressée.
On verra
Bisous

Bisounours
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Re: Juste pour parler

Message par Bisounours » 18 juin 2019, 06:57

Bonjour,
Alors une 2e séance comme un flot de larmes. Des stimulations visuelles bilatérales tout d'abord. Pas besoin d'un gros effort de ma part pour accéder aux souvenirs. Ils sont tout frais (1 mois et demi), réactivés hier soir, lorsque j'ai écrit la description de l'expulsion. Tellement frais et fort que je ne m'arrêtais plus de décrire tout en pleurant, chaudes larmes. Chaudes au sens littéral du terme. Elles réchauffent les joues déjà chaudes elles-mêmes, quand elles dégoulinent dessus. Je ne m'arrêtais pas. Au bout d'un moment, le pauvre thérapeute avait mal à l'épaule, à force de faire aller ses doigts de gauche à droite devant mon champ de vision. Et moi, j'ai presque fini par avoir mal "aux muscles des yeux". Jamais je n'aurais imaginé que c'était une expérience humaine possible, auparavant. Alors on est passé aux stimulations auditives. ça nous a relaxé tous les deux ;-) Moi, ce qui m'aide, c'est de décrire, de parler à quelqu'un qui m'écoute avec bienveillance. Je ne suis pas sûre que les stimulations bilatérales m'aident spécifiquement. Mais peu importe ce que je crois: ça me fait du bien et c'est ça le but. Le thérapeute m'a dit à un moment, sur un ton un peu léger "oh, j'ai des suées, moi aussi. Moi aussi, je vais faire un malaise vagal [parce que j'en ai fait un moi-même, après l'expulsion, je vous raconterai], attendez, on fait une petite pause". En riant, je lui ai répondu "oh, ben si mon thérapeuthe flanche, que vais-je devenir, si vous aussi, c'est trop dur pour vous".On a rit. J'ai fiat une petite pause, et on est reparti dans les évocations... A la toute fin, il m'a dit (comme souvent) "comment vous vous sentez?" Et j'ai répondu. "Je suis vannée, je crois que j'ai simplement envie d'aller dormir et d'écraser, avec plusieurs heures de sommeil". Rires.
Une belle journée.
Je te souhaite une belle séance, Soraya, mercredi.
Et un mardi agréable à tous et à toutes.

Hannah_Haley
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Re: Juste pour parler

Message par Hannah_Haley » 18 juin 2019, 16:30

je me vois tellement dans ce que vous dites, de la même manière j'ai besoin d'ECRIRE ce qui m'est arrivé, de peur d'oublier un détail, sauf que je revis ces scènes dans un nuages, comme si je n'étais que spectatrice, tout est fou, on m'avait donné pas mal de médicaments (6 jours de contractions) et je ne dormais plus, alors j'écris, et mon conjoint reste à coté de moi, pour me rappeler certain détail quand je prend une crise d'angoisse parce que j'ai oublié quelque chose.
Je raconte beaucoup les 2 semaines d’hospitalisation qui ont précédées mon accouchement, et les 2 semaines qui l'ont suivis, jusqu'aux funérailles de mes jumelles, mais pas trop l'accouchement..
Je venais d'être transférée dans une maternité de niveau 3 dans l'après-midi, j'étais soulagée, je pensais naïvement que le plus dur était fait, j'avais déjà tenue 2 semaines, je pouvais tenir au moins encore 2 mois!!Je n'ai même pas eu le temps de rejoindre ma chambre...

Je crois que j'ai compris assez rapidement que j'allais accouchée ce jour là, vu la tête des médecins et sage femmes, mais j'ai continué un peu de me voiler la face...
J'ai cru que j'allais vomir mes entrailles de peur.

Mon copain essayait de faire un peu d'humour pour me détendre, mais quand il est stressé son humour fait beaucoup de flop, alors il a vite arrêté. Après il m'a rassuré, il est d'un positif à toute épreuve mon chéri, l'inverse de moi.

Ils ont fait sortir mon conjoint, puis m'ont d'abord fait une rachianesthésie, pour soulager rapidement la douleur (j'avais en + une infection urinaire et les reins en feu) , puis une péridurale. "Ne bougez surtout pas madame et penchez bien la tête en avant" enceinte de jumelles au début du 6eme mois, j'avais beaucoup de mal à me pencher en avant! et les contractions, et la peur, comment ne pas bouger? Mais je suis restée calme, je suis ce qu'on appelle "une bonne patiente" j'écoute gentillement...
Mon conjoint a pu revenir, puis ils m'ont enlevé le cerclage, je me souviens qu'a ce moment là j'ai pensé qu'il y avait peut être de l'espoir, même si tout était déjà joué, que peux-être il avait une chance pour que je n'accouche pas après cela.
Ils m'ont expliqué comment allait se passer l'accouchement "il va falloir pousser quand vous sentirez une contractions" "pousser? mais pousser comment, je n'ai pas eu le temps de faire les cours de préparations à l'accouchement, et se sont mes premiers bébés". Alors on m'explique, "alors il faut mettre vos mains sous vos genoux et en même temps, vous avancer la tête et vous pousser, le plus longtemps possible jusqu'a ce que l'on vous dise stop, votre conjoint peut vous aider, en vous tenant une jambe, vous mettant la main sous la tête". J'étais terrorisée.

Je me souvient de l'attente, entre le moment ou on a enlevé le cerclage, et ou l'on attendais que j'accouche, mes contractions (comble) s'étaient espacées, la sage femme trouvait que mon col était "trop dynamique" (c'est à dire qu'il n'était finalement pas prêt pour l'accouchement, et je ne savait pas, mais il faisait mal à mon bébé, ma petite Hannah)
IL y a un sacré monde pour accueillir mes petits bébés, 3 pédiatres, 1 ou 2 sage-femme des infirmières, l’anesthésiste... 2 équipes pour chacune de mes 2 trésors.

Puis l'horreur est arrivé, j'ai commencé à sentir mon pied gauche bouger, la douleur dans les reins mais coté gauche, les contractions à gauche, les doigts de la sage femme, à gauche... je lui dit, ils amène un glaçon et me le passe sur les 2 jambes, la péri est pas passé à gauche je sens tout depuis que la rachi est partie, tout, oui, même la tête de mon bébé, ma petite Hannah, qui essaie de sortir. On me repasse un produit vite fait dans le tube de la péri (une autre rachi? je ne sais plus) et là je ne sens plus rien du tout, je ne peux absolument plus bouger le bas de mon corps, tant mieux, je préfère ne rien sentir.

La sage femme est inquiète à cause de se col dynamique, elle perce la poche des eaux, pour aider mon bébé à sortir, cette sensation dans mon ventre.... j’entends le bruit de l'eau qui coule, ça ne s'arrête pas! enfin on me dit de pousser car moi je ne sens même plus les contractions, je suis ailleurs, sauf que je ne peux pas porter mes jambes, ce sont des poids morts, alors min chéri m'aide avec la jambe gauche, et une sage femme (je crois ou une infirmière, en fait j'en sais rien) me prend la jambe droite, et je pousse, enfin dur à dire quand on ne sent plus rien, 1 fois " stop" je m'arrête "stop" oui je ne pousse pas la, si? "on pousse" 22H44 et la je sens mon bébé sortir de mon ventre, et en même temps le vide se faire à l'intérieur de moi, je sens qu'on "m'a prit" quelque chose dans mon ventre, là j’entends la sage-femme dire doucement à sa collègue chargée de prendre Hannah "elle a le bras bleu" cette phrase je l'entend tout les jours dans ma tête "elle a le bras bleu" je comprend que je ne reverrais, verrais! jamais ma fille en vie, j'ai voulu la voir alors j'ai penché ma tête mais je n'ai pu voir qu'un bout de sont crane, je culpabilise aujourd'hui à me dire heureusement, car mon conjoint l'a vue notre bébé, et effectivement, elle était bleue, ma douce Hannah, le passage dans ce monde n'a pas été facile pour toi, j'espère que le voyage dans l'autre monde a été plus doux. on lui envoie des encouragements pour qu'elle se batte.
"poussez" et c'est reparti...22H46 Haley sort aussi de mon ventre, je sens en même temps l'eau se déverser et mon bébé sortir, encore cette sensation, mais en + intense, pardonnez moi l'expression, comme un évier qui se vide, et encore une fois, mon ventre se vide, on me prend mon 2eme bébé, cette fois ci, sans mon gros ventre qui me gène (où est-il passé?) elle est très basse mais j'arrive à la voir ma petite Haley,ma comète mon copain me dit "tu ne peux pas la voir elle est trop basse" je lui répond "si mon chéri je LA VOIS" et je suis ravie, la 2eme équipe amène ma 2èmejumelle, alors on l'encourage, on lui dit qu'on 'aime, je me dis que je n'ai pas dit à sa soeur que je l'aimais, je n'ai pas eu le temps, alors je culpabilise, je commence déjà à faire des différences!!!


Après avoir sorti le placenta (ha parcequ'en + il faut accoucher du placenta???), vérifié qu'il ne restait pas de lien du cerclage (il était "assez court"), et vidé ma vessie (je pense que c'est dans ces moments là que l'on se rend compte que la personne qui est à coté de soi à ce moment, est celle avec qui vous voulez passer la fin de vos jours), je me retrouve allongée sur cette foutue table, tout le bas immobilisé, je me sens tellement impuissante. Le 1er médecin arrive, beaucoup trop tôt, on comprend tout de suite, Hannah n'est plus, mon bébé est parti, mon bébé est mort, je ne verrais jamais mon bébé grandir, ces phrases aussi raisonnent encore dans ma tête. Comme un coup de poignard dans mon cœur, et encore, j'aurais préféré, si j'avais pu choisir j'aurais volontiers pris un coup de poignard si cela avait pu les sauver.
Je me retrouve toujours immobilisé sur cette table, à attendre, attendre de savoir si ma vie va valoir un peu la peine d'être vécue. Le 2 médecin rentre, et nous annonce qu'Haley est en vie, qu'elle a bien réagis au traitement! OUF bas toi ma fille, papa et maman sont là!!!
Je me rappelle, je ne sais plus à quel moment, l’anesthésiste qui m'avait vu au tout début de mon arrivé est rentré dans le bloc, il a du oublié que j’étais là, me regarde avec un grand sourire et me dit "vous allez bien?" je crois que je n'ai même pas répondu, je devais être en train de rêver, ... puis il enchaine "bon, ba maintenant il faut miser sur la 2ème!" je ne répond toujours pas, je dors?je suis morte? c'est une blague? je me dis "quel c**!" il part avec son matériel en oubliant de le débrancher, embarquant plein de trucs en même temps, et moi je suis là, toujours immobilisé par tout ces produits, c'est totalement irréel. Je ne sais plus où étais mon conjoint à ce moment là, je crois qu'il est partis avec le docteur chercher notre petite Haley, pour que nous puissions la voir avant qu'elle aille en service de réanimation. Ma 2eme fille s'est éteinte, 2 jours plus tard, dans nos bras...
Maman d'Hannah et Haley, nées le 29 mai 2019 à 23+6, décédées à 23+6 et 24+2. maman vous aime pour l'éternité mes étoiles

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