Ma bête à bon Dieu

Coccinelle79
Messages : 49
Inscription : 24 février 2020, 11:32

Ma bête à bon Dieu

Message par Coccinelle79 » 12 mars 2020, 10:41

C'est le premier mois sans toi.
Pas un soir sans que je ne te souhaite une bonne nuit. Puis, pas une journée sans que je te pleure, ma fille, bien que certains jours soient un peu plus ensoleillé que d'autres.
Je n'éprouve pas trop de colère, bien qu'il m'arrive d'avoir envie de hurler la vie qui t'a arraché à nous si brutalement : pourquoi nous ? Pourquoi toi ? Tu étais tellement parfaite, il m'était impossible d'imaginer un si bel enfant. Ma vie se résume au néant qui m'envahit par moments, alors je dois me ressaisir pour me rappeler ce qu'il me reste, puisqu'il ne me reste pas toi. Ton papa fait bonne figure, mais il est désemparé face à mon chagrin. Il est absolument extraordinaire, tu le sais parce que je te l'ai dit avant qu'il nous rejoigne pour te dire au revoir. Il nous le prouve au quotidien. Je l'aime, je pensais que je ne pourrais pas aimer aussi fort que je l'aime et pourtant tu es arrivée. Et aujourd'hui, je continue de l'aimer mais plus comme avant. Mon être entier lui était auparavant dévolu, aujourd'hui une partie de mon être n'est qu'à toi. Et même s'il est évident que ta décision était la bonne, chaque jour je me réveille en espérant que tout cela n'est pas réellement arrivé. Mais mon corps et mon âme me rappellent à l'ordre : tu n'es plus là, tu ne le seras jamais. Tu as bénéficié de 24h pour changer la vie de ta famille dans son intégralité, et nous avons le reste de notre vie à te pleurer. Je m'oblige à rester digne le plus possible, mais la peine finit souvent par avoir le dessus. Je me sens seule et vide de toi. 2020 devait être notre année, c'est finalement l'année du chaos. Aujourd'hui je me sens si faible, alors que je reste persuadée que dans plusieurs années je serai pourtant si forte grâce à toi et à ce que nous vivons. Je rêve si fort de pouvoir un jour avoir la chance de m'occuper de mon enfant, vu que je n'ai pas pu m'occuper de toi, et pourtant j'ai si peur de ne pas pouvoir l'aimer autant que toi. Si nous devions te donner une petite sœur, nous serions tellement embêtés à lui trouver un prénom, car seul le tien nous plaît et devait être le seul prénom qui aurait comblé notre famille. Je sais que tu aurais dû être la seule. Aujourd'hui, constatant l'horreur dans son simple appareil, je me dis que nous devrions profiter de chaque instant, mais je n'en ai pas la force. Me lever est à la fois un doigt tendu bien haut à la vie, parce que je ne veux pas me laisser abattre ; mais c'est aussi comme si je continuais ma vie sans penser à toi. Sauf que je pense à toi tout le temps. Il n'y a que moi qui t'ai connu le plus, je souffre tellement dans mes entrailles d'avoir le ventre si vide de ta présence, et le cœur si plein de ta présence. Ne m'oublie pas je t'en supplie, montre moi dès que cela est possible que tu es près de nous. Je sais que des gens s'occupent bien de toi là-haut : eux aussi je les ai pleuré mais jamais comme je te pleure toi. Je sais qu'ils te parleront de tes parents et que tu seras aussi fière que nous d'avoir été conçue par un tel amour qui unit ton papa et ta maman.
Un jour je sais que je me sentirais pleinement maman, parce que je n'ai pas l'impression d'être la tienne. Une maman donne la vie, pas la mort. Tu es ma fille, mais je ne suis pas ta maman. Quand j'irai mieux, je verrais les choses autrement, j'en suis sûre. Mais pour le moment je ne suis qu'une coquille vide. Je suis vide de toi, et pleine d'émotions qui ne me correspondent pas : je suis envieuse, jalouse, haineuse, apathique. Je pourrais tuer pour te récupérer s'il m'en était donné la possibilité. Qu'est-ce que je ne ferais pas, si nous pouvions t'avoir près de nous ? Et pourtant je suis persuadée qu'il y a des situations bien pires que la nôtre, bien que je n'arrive plus à me sentir touchée par les autres.
N'oublie jamais que dans cette terrible situation, aucune personne peut ne pas t'aimer. Toutes les personnes qui t'ont espérées t'aiment plus que tout.
Ce mois-ci, ton papa et ton tonton ont repeint et réaménagé "ta" chambre. J'entends ton papa qui enlève tous les stickers qu'on avait collé au mur. Nous avions soigneusement choisi chaque emplacement. Tu n'as jamais dormi dans cette pièce mais nous t'y avions tant imaginé... je n'arrivais pas à y entrer tant que tout n'était pas modifié. Désormais je rentre, mais je n'arrive pas à y rester.
Je suis aussi allée rendre visite au travail, j'avais besoin de remettre les pieds au Foyer pour battre le fer tant qu'il est chaud. C'était fatiguant mais je suis contente d'avoir revu toutes ces personnes que j'apprécie. Ceux que j'ai vu se comportent bien avec moi, ils me parlent de toi et ne nient pas notre vécu.
Il a fallu ce mois-ci annoncer aux retardataires que nous t'avions perdu pour toujours. Il y aura toute une période difficile où toute personne de plus en plus éloignée de nous ne sera pas informée...
C'est aussi à l'approche de tes 1 mois que j'ai entamé un suivi thérapeutique. Je n'ai fait qu'une séance, c'est le début. Ta perte provoque en moi une telle tristesse que je ne pourrais combattre seule qu'il faut m'accompagner. J'espère que ça ira "vite" mieux... tu sais que je suis impatiente... mais je sais que rien n'ira vite, car j'aurais ton absence jusqu'à la fin de ma vie et rien ne pourra rien y changer.
Je t'aime.
Alexia.
Ma coccinelle, décédée au cours de sa naissance. 👼

Répondre