Charlie Chérie

Mamangelouve
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Inscription : 09 mars 2021, 09:37

Charlie Chérie

Message par Mamangelouve »

Ma douce Charlie,

Ma fille partie beaucoup trop tôt, mon étoile.

J'aimerais ici te laisser un message d'amour, un câlin, les mots d'une mamange à sa petite étoile.
Ma toute petite, ton papa et moi t'avons espérée si longtemps...
Et puis, petite graine, tu as décidé de prendre vie au chaud de mon ventre en décembre 2020.
Nous avons passé ces fêtes de fin d'année avec toi...
Nous avons eu tellement de mal à nous autoriser à y croire, meurtris par ce long parcours jalonné de déceptions qui étaient à la hauteur de notre désir de parentalité...

Et pourtant tu étais bien réelle, à chaque rendez-vous chez ce médecin qui nous a accompagné pour que tu puisses exister, ton petit cœur battait la chamade, tu grandissais, et peu à peu tu ressemblais à un petit bébé... Cette échographie à 11 semaines d'aménorrhée, on ne pouvait se tromper, tu étais bien là, toi tu qui bougeais déjà, qui nageais tel un petit dauphin dans mon ventre.

Aujourd'hui je suis nostalgique de ces trois mois que nous avons passés ensemble.
Je suis nostalgique de ces semaines où je te voyais grandir peu à peu, et il faut dire que tu as été tellement gentille avec moi, je n'ai pas été malade...
Toi, mon petit secret gardé au chaud, que j'espérais pouvoir bientôt révéler à mes proches.

Alors ensemble nous avons passé Noel, nous avons marché dans la neige, nous avons commandé vietnamien tous les dimanches puisque c'était ça mon envie de femme enceinte...nous avons fait de la gym douce, pas trop fort, nous avons été fatiguées, nous nous sommes couchées tôt y compris le 31 décembre...eh oui moi l'insomniaque je suppliais ton père d'éteindre la lumière, j'avais tellement sommeil le soir!
J'ai pris mille précautions pour te garder au chaud, une vraie maman poule.
Je caressais doucement mon ventre en m'endormant, machinalement, en espérant que tu me percevrais.
J'ai chanté, joué de la guitare et du violon pour toi...
Ton papa récitait notre formule magique tous les soirs, sa main sur mon ventre...

Prudemment, la veille de la fameuse échographie, j'imaginais ton annonce à nos proches, à mes collègues...
Nous étions sortis de cet univers anxiogène et marginal de l'infertilité, nous avions passé l'étape la plus difficile, je le pensais...
Mais alors, j'aurais aimé pouvoir réaliser encore davantage ta présence en moi.
J'avais hâte de te sentir bouger, et surtout de te rencontrer...

Le jour de cette fameuse échographie, est celui où j'ai réalisé avec une puissance toute nouvelle que tu étais bien là, en moi, pleine de vie.
Les émotions m'ont serré la gorge, les larmes m'ont submergée. Pendant quelques secondes, j'étais tellement heureuse...
Nous t'avons vu de si près...tout, ton visage, tes adorables petites mains... mon bébé d'amour...
Malheureusement, c'est également le jour où j'ai compris que tu ne naîtrais jamais.
Ton petit cœur était bien trop malade...
Ton papa et moi avons échangé un regard, car à ce silence pesant qui emplissait la salle, nous avions compris que nos vies avaient basculé dans l'impensable...
Les semaines qui ont suivi, nous avons voulu espérer que tout cela n'était qu'un malentendu, encouragés il faut le dire, par plusieurs médecins qui ne croyaient pas au diagnostic posé si tôt, mais au fond nous avions compris que nos existences, à tous les trois, avaient pris une toute autre tournure.

Ces semaines d'ambivalence, ne plus se sentir enceinte, où le cerveau coupe parfois toutes les émotions pour nous protéger, on ne sait plus très bien ce qui nous arrive, si tout cela est réel... on est en pilote automatique, dissocié... Et puis il y a ces instants de lucidité douloureuse, où l'impensable, l'impossible, se présente à nous, cette cruelle vérité, implacable, les larmes ne cessent de couler, nous sommes épuisés de chagrins...
Alors après quelques jours à flotter dans ce blizzard de peine et d'impossible douleur, j'ai essayé tant bien que mal de te rassurer, de profiter de ces derniers jours ensemble.
Nous avons dégusté des glaces, du brie au truffe, et je l'avoue, un peu de vin blanc...pour que tu puisses goûter aux bonnes choses.
Nous avons pris un bain moussant ensemble, j'ai chanté pour toi...
Il y a ces morceaux qui riment avec ces jours d'au revoir, que j'écouterai désormais toujours avec émotion...
Et maintenant, que vais-je faire? de Gilbert Bécaud
Baby can I hold you de Tracy Chapman
Je t'aimais, je t'aime et je t'aimerais de Francis Cabrel
Tant de belles choses de François Hardy

Le jour où j'ai accouchée de toi, nous avons pris conscience que nous étions bien, et serions pour toujours, tes parents. Cela veut dire que nous ne t'oublierons jamais, jamais nous ne pourrons "passer à autre chose", comme on a réussi à se remettre de certains échecs et complications médicales parfois costaudes de la PMA...

Je me remémore souvent cette rencontre, bien que je n'ose l'avouer à ton papa car cela le rend triste... j'ai tellement besoin de parler pour m'apaiser, comprendre, tandis que lui ressent exactement les mêmes choses, mais les évoquer les rend encore plus douloureuses chez lui...
Je t'ai demandée pardon, toi tout contre moi, avec ce petit bonnet bleu que je t'avais tricoté..
On m'avait prévenue, ce serait difficile, tu serais toute petite...
Au contraire, tu m'as parue si grande, toi qui étais là, qui n'avais été qu'une petite graine avant, après des années de néant, de rien...Je t'ai trouvée extraordinairement développée, tu étais déjà un petit bébé avec tout ce qu'il faut en place, qui ne demandait qu'à grandir...une bouche, un nez, des petites oreilles...ces mains, ces pieds, ce petit ventre... tu étais tellement parfaite pour moi...Mais je savais aussi ce jour que je ne connaîtrais jamais la couleur de tes yeux ni de tes cheveux, je n'entendrais jamais ton cri, je ne saurais jamais si tu serais une râleuse rêveuse comme ta mère ou bien une diplomate sportive comme ton père, si tu serais une petite rousse qui prend des coups de soleils, ou une grande brune à la peau matte, ou une grande rousse à la peau matte...qui sait?... une chose était sûre, tu aurais été mélomane et gastronome!

Depuis, ton papa et moi ne sommes plus les mêmes...
Il y a ces semaines qui suivent, insupportables, où l'on se demande comment l'on va pouvoir continuer à vivre.
On se surprend à penser à te rejoindre, un jour... Je me dis que quand je partirai je serai avec toi...Alors j'ai tellement envie d'être avec toi, même si je ne souhaite pas mourir...
L'on s'accroche à l'idée que ça ira mieux un jour, mais en attendant, comment supporter cette douleur indicible?
J'ai tellement mal, cette douleur est la plus profonde, la plus vive qui puisse exister...
J'aurais voulu dans les semaines qui ont suivie, être endormie et me réveiller dans quelques mois, quand "ça irait mieux".
Mais chacun de ces jours est précieux et nécessaire vers la convalescence.

Ma Charlie chérie, nous ne guérirons jamais, jamais, de ton absence.
Nous souffrirons toujours de cette terrible injustice, celle de ta maladie.
La douleur n'est pas proportionnelle à l'âge de la perte, loin de là.

Ma fille, mon doux secret, même si je vais mieux, je ne vais pas tout à fait "bien", mon cœur souffre toujours, il a un énorme trou mon cœur, car il est vide de ton absence...
Il est lourd de tout cet amour que j'ai pour toi, et que je ne peux t'offrir.
J'espère que tu as perçu notre présence quand tu étais en moi, que nous avons pu te rassurer et te communiquer notre amour.
Ma Charlie, je suis tellement triste d'imaginer que tu puisses souffrir, que tu aies pu avoir peur...

Aujourd'hui ma douce, ma peine est toujours infinie, mais l'hémorragie se tasse un peu... peu à peu elle laisse place à ce trou dans mon cœur, bardé de cicatrices.... de temps en temps la plaie se rouvre, à un moment tout à fait inattendu, je te pleure, et cela me fait du bien de te pleurer, et je vois que je ne t'oublies pas.
J'ai besoin d'exprimer toute cette peine et cette douleur, j'aimerais pouvoir crier au monde entier que tu as existé, que tu étais ma fille, et que tu es ma fille, que ton prénom est Charlie.
Je dois encore nous protéger et ne révéler ton existence qu'à des personnes qui ne dirons pas de bêtises qui fassent mal... que tu étais toute petite, que c'était mieux comme ça, que ça pourrait être pire..."qu'au moins ça marche, j'ai été enceinte'...Non, non, tu n'étais pas "un accident", ma fille, tu étais la chose la plus merveilleuse qui me soit arrivée, notre combat depuis 3 ans, le fruit de notre amour depuis déjà 10 ans...Et tu n'es pas responsable, ni nous tes parents, de cette maladie, c'est pas de chance...

Ma Charlie.
Aujourd'hui je dois apprendre à vivre, à avoir cette dualité en moi, cette femme qui essaie d'être heureuse et de construire son bonheur, et cette femme qui sera toujours triste d'avoir perdu sa fille.
Apprendre à vivre au présent, quand ce passé ne peut être oublié...
Mais je veux vivre pour toi, pour honorer ta vie qui n'a pu se poursuivre, respecter cette chance que j'ai d'être là et que tu n'as pas eu...
Je veux être une meilleure personne, pour toi.
Saches que, si je te souhaite urgemment des petite(s) sœur(s)/petits frère(s), aucun ne pourra te remplacer.
Il n'y a pas de limite de "stockage", ni de date de péremption pour tout l'amour que notre cœur peut contenir, ce qui est merveilleux avec l'amour, c'est qu'il est infini et se partage...
Je penserai toujours à toi, avec un mélange de peine et d'amour, cet amour maternel qui adouci ce trou dans mon cœur...
J'aimerais raconter un jour à nos futurs enfants qu'ils ont une grande sœur prénommée Charlie, qui nous manque et qui veille sur eux.
Je suis sûre qu'ils te porterons dans leur cœur, eux aussi.

Ma Charlie chérie,
Ma fille,
Ma douce,
Mon premier bébé,

Ton Papa et moi t'aimons et t'aimerons toujours très fort ma Charlie
Mamange d'une petite Charlie partie trop tôt à 15SA
IMG suite à une cardiopathie univentriculaire (atrésie tricuspide, hypoplasie du ventricule droit et autres anomalies cardiaques associées)
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